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مقالات بقلم النائب سامي الجميّل 2/03

معارضة مؤسساتية وسيادية

Une opposition institutionnelle et souverainiste

TRIBUNE

Samy GEMAYEL, chef du parti Kataëb et député du Metn | OLJ

03/10/2017

En choisissant de construire une véritable opposition parlementaire, nous nous sommes engagés aussi à faire de la politique autrement et à rendre des comptes à nos concitoyens. C'est dans ce sens que nous organisons régulièrement des conférences de presse. C'est également dans cette même logique que je souhaite écrire périodiquement une tribune.

Dans cet article, je souhaite aborder deux sujets d'importance et d'actualité, qui finissent par se rejoindre.

  • Le premier sujet concerne la décision du Conseil constitutionnel et le second la violation constante et croissante de notre souveraineté nationale. En déposant le recours devant le Conseil constitutionnel contre la loi instaurant une série de nouvelles taxes ou augmentant des taxes existantes, nous recherchions trois objectifs qui ont heureusement été atteints :
     Le premier objectif visait à empêcher que les composantes du gouvernement persistent à se considérer comme au-dessus des lois et que les « ententes entre copains » continuent à prendre force de Constitution.
  • Le deuxième objectif consistait à obtenir que les députés votent nommément en faveur ou contre chaque loi et assument leur position devant les Libanais. Depuis mon entrée au Parlement, je me bats pour imposer cette exigence de transparence. J'ai également déposé un projet de loi en ce sens.
  • Le troisième objectif était de faire annuler des taxes et impôts particulièrement injustes à l'égard d'une population déjà accablée par la situation du pays et qui est le témoin de la dilapidation régulière des fonds publics.
    Ces trois objectifs ont été atteints, et il serait équitable de dire que cette décision aura des retombées positives aussi bien sur l'exercice de la démocratie que sur la situation des citoyens.

La manœuvre du gouvernement qui consisterait à refuser (ou même momentanément menacer de refuser) de respecter la nouvelle grille des salaires, en violation – encore une – de la loi, ne saurait ni réussir ni ternir le succès obtenu. Néanmoins, certains semblent vouloir consacrer la méthode absurde de prise en otage des Libanais. C'est ainsi que les preneurs d'otages avaient réussi à imposer de déverser la poubelle, de manière sauvage, dans la mer, après avoir laissé délibérément et sans raison la poubelle dans les rues. Aujourd'hui, la prise d'otage reviendrait à sanctionner et menacer les fonctionnaires en représailles de l'annulation d'une loi pourtant anticonstitutionnelle. Cette politique absurde démontre à quel point les composantes du gouvernement ont oublié le sens premier de la politique : servir les citoyens et protéger le pays. Les citoyens n'oublieront pas cette réalité lorsque leur tour viendra enfin de s'exprimer.

Avant de conclure sur cette question, il conviendrait d'opposer un démenti aux allégations suivant lesquelles l'État ne dispose pas de moyens pour financer la nouvelle échelle des salaires. Il est évident que des mesures fiscales peuvent être considérées, mais elles devront cibler ceux qui sont en mesure d'y faire face et ceux qui, pour le moment, ne sont même pas répertoriés par l'administration fiscale. L'État a perçu en outre des taxes exceptionnelles (du fait des profits exceptionnels réalisés au titre de l'« ingénierie financière » exécutée par la Banque du Liban) qui lui permettent de financer la première année de la nouvelle échelle des salaires. En tout état de cause, l'État doit prendre des mesures de contrôle de l'utilisation des fonds publics, proposer une politique de relance de l'économie et établir une étude d'impact de sa politique fiscale avant de décider de nouvelles taxes.

L'autre question qui ne peut que nous hanter réside dans les choix qui ont conduit progressivement à brader notre souveraineté nationale.

Depuis l'élection présidentielle jusqu'à ce jour, la souveraineté nationale a subi une érosion très grave. Après un vide constitutionnel de deux ans, qui n'a été rendu possible que parce que le Hezbollah en a décidé ainsi et parce qu'il dispose des armes pour empêcher qu'il en soit autrement, c'est le Hezbollah qui a imposé unilatéralement son candidat. Il était le seul à le soutenir. Les autres n'ont fait que se rallier à sa décision. L'exercice, pour ces derniers, ne consistait qu'à justifier leur ralliement.

Indépendamment des positions de chacun à l'égard des choix politiques du président de la République, nul n'a contesté que c'est le Hezbollah qui a imposé son candidat. Toutes les explications du monde ne pourront pas changer cette réalité objective. Dans sa méthode de formation, le gouvernement actuel a consacré, à son tour, le pouvoir unilatéral accordé au Hezbollah.

Depuis, c'est ce même parti qui a fixé les dates du début et de la fin des combats contre Daech, que ces combats aient été conduits par ses forces ou par l'armée libanaise. C'est le Hezbollah qui a, également, fixé les termes de l'accord conclu avec Daech, accord qui a été, au demeurant, décrié par une population stupéfaite.

Le Hezbollah a également obtenu une couverture officielle à ses armes par des déclarations publiques du chef de l'État. Il a su imposer, enfin, que les relations avec la République syrienne soient élevées au rang des ministres, sans l'accord du gouvernement.

Que ces décisions soient bonnes pour certains ou critiquables pour d'autres, il reste que c'est le Hezbollah qui les impose. Cela est inacceptable ! Il revient au peuple libanais dans son ensemble, par ses institutions démocratiques, de décider de son sort.

La résignation, les intérêts, les faux calculs... beaucoup de raisons peuvent expliquer cette situation intenable, mais le Liban est, à l'heure actuelle, sous tutelle. Il est également au bord du gouffre sur les deux plans économique et social.

C'est bien là que l'on retrouve l'intérêt de la décision du Conseil constitutionnel. En rappelant à chacun l'importance du respect des lois ; en sensibilisant le citoyen qui a été en mesure d'apprécier concrètement l'intérêt de soumettre les acteurs politiques au respect des principes constitutionnels ; il nous a été possible aussi de démontrer qu'une nouvelle voie était possible.

Pour recouvrer la souveraineté, militer pour une neutralité et éviter les abus, nous devons nous élever contre chaque violation des principes de souveraineté consacrés par la Constitution ; nous élever contre les violations de la loi par les acteurs politiques.

Cette voie évidemment ne conviendra pas à ceux qui se considèrent aujourd'hui au-dessus des lois et qui n'ont pour seul credo que « les arrangements » entre joueurs d'un même cercle. Elle conviendra, en revanche, aux citoyens qui, eux, respectent la loi. Elle permettra de rétablir nos institutions et notre souveraineté et d'éviter les abus. Il reviendra enfin aux citoyens de choisir, pour le bien de notre pays, la voie en laquelle ils croient.